logo
Les Verts de Belfort
Confédération écologiste - Parti écologiste
logo
ornement
 Sommaire | DéDé notre nouvel ami | Actualités | Communiqués | Agenda | Dossiers | Edito | Liens utiles | Lecture nature
Recherche

DANS LA MEME RUBRIQUE :
- 3 mauvaises nouvelles !
- Le climat insoluble dans l’économie
- Une jurisprudence favorable à l’ours : ce n’est hélas pas à l’ordre du jour !
- Les Etats-Unis enfin prêts à sauver la peau de l’ours
- Les éleveurs de brebis, des Alpes aux Pyrénées, confrontent leurs combats
- Migration et hibernation retardées suite aux records de douceur des températures
- 9 % de logements pollués : intérieurs irrespirables
- Projet eau - Amendement visant à permettre l’usage du purin d’ortie
- Rouler propre, mode d’emploi
- Les défenseurs du saumon sauvage réclament la démolition d’un barrage sur l’Allier

Actualités >

BIODIVERSITÉ
Débat houleux dans les Pyrénées

La réintroduction du plantigrade d’ici à fin juillet divise violemment la population.

Les positions se radicalisent dans les Pyrénées. La réintroduction, d’ici fin juillet, de cinq ours slovènes y crée la polémique. Chacun choisit son camp. Dans le village d’Arbas, posé au pied des montagnes, à la frontière entre la Haute-Garonne et l’Ariège, on parle encore de « l’expédition punitive » lancée il y a dix jours par les « anti ». Commune retenue pour le premier lâcher d’ours, et siège de l’ADET ­ association pilote de la réintroduction ­ Arbas est devenue le symbole du retour des grands prédateurs. Furieux, quelques centaines de manifestants s’y sont réunies le 1er avril, pour asperger de sang les murs de la mairie, brisant au passage quelques jardinières, avant de mettre le feu à l’énorme sculpture de plantigrade trônant devant le syndicat d’initiative.

Sorcière. « Ils se sont acharnés sur ce bout de bois, raconte le maire François Arcangeli. Ils l’ont cramé comme une sorcière. On avait déjà connu des actions, mais là un cap est atteint. » Pourquoi une telle colère ? « On en a ras-le-bol, affirme Stéphane Lessieux. Ça fait des années qu’on prône le dialogue et qu’on répète que nous ne pouvons pas cohabiter avec l’ours. On n’a jamais eu aucune réponse, on se sent méprisés, on a donc décidé de hausser le ton. » Eleveur depuis six ans, il a participé à la création, en janvier, de l’ASPAP, Association pour la sauvegarde du patrimoine d’Ariège-Pyrénées. « Je n’ai rien contre l’ours, explique-t-il. Je suis un amoureux de la nature et de la montagne. J’ai quitté Paris avec ma famille pour me reconvertir, justement parce que je voulais être plus proche de tout ça. Mais la montagne a évolué. Si je trouvais l’idée belle quand j’étais en ville, c’est parce que je n’avais pas à en gérer les inconvénients. » Son regard a changé l’été dernier. Pour la première fois, Stéphane Lessieux fait la transhumance et monte ses brebis en estives. « Nous sommes partis le 19 juin. Le 25, huit de mes brebis étaient éventrées. Avec ses griffes, l’ours les éventre et mange le foie, le coeur et le pis. Deux jours plus tard, cent soixante bêtes d’un troupeau étaient mortes, poussées dans le ravin par une attaque. Pour le berger qui toute sa vie s’est occupé des bêtes, c’est un cauchemar. Plusieurs gaillards sont en dépression nerveuse. »

A Arbas, pourtant, la conviction du maire n’est pas entamée par ce genre d’argument. Selon lui, les pertes imputables à l’ours ne représenteraient que 1 % du cheptel. Et l’utilisation de chiens tels que le patou, et d’enclos électrifiés, suffirait à dissuader les prédateurs. Au village, on se veut pragmatique. « L’ours ? Il peut venir. De toute façon, il ne restera pas longtemps. Ce n’est pas son territoire ici », rigole le vieux Jean-Paul, enfant du pays, coiffé du béret traditionnel. Arbas est situé trop bas dans la plaine pour que l’ours y séjourne. A peine lâché, il préférera rejoindre des zones plus pentues et plus sauvages.

Qu’à cela ne tienne. L’image est là. « On est assis sur une mine d’or », avance François Arcangeli. Environ 150 professionnels du tourisme travaillent autour du label « Pays de l’ours », qui court sur trois départements : Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées et Ariège. A coup de cahiers des charges et de chartes qualité, c’est tout un pan de l’économie des vallées qui surfe sur la vague pro-ours. Les guides de randonnée s’engagent sur des règles de protection. Les restaurateurs affichent le « menu de l’ours » sur des sets de table narrant territoires et dates clés du retour de la bête. Au registre de l’artisanat, le catalogue propose toutes sortes de mini sculptures, posters, porte-clés, tee-shirts, peluches ou sabots à l’effigie du plantigrade.

Folklore. Dans le village voisin, Bruno Beschecommenge parle de « folklorisation du réel » et de « simplisme intellectuel ». Cet enseignant chercheur, spécialiste de l’histoire du pastoralisme, ne décolère pas. « On ne raisonne pas seulement parce qu’on aime l’ours ou les bêtes, s’insurge-il. La biodiversité n’est pas menacée, ici. Il existe de riches projets autour de races ovines et bovines rares et rustiques. Cela a pris trente ans à mettre en place. » Son analyse rejoint les déclarations récentes d’Yves Coppens et de Jean-Louis Etienne. Ce dernier estimait en mars qu’« il est ridicule de vouloir réintroduire des ours dans les Pyrénées [...] parce que ça bouscule tout un écosystème qui n’y est plus familiarisé. » Si la souche pyrénéenne a disparu, les ours bruns ne sont pas menacés d’extinction. « Quel intérêt ? interroge Bruno Beschecommenge. Il n’y a plus de vipères au bois de Boulogne. On ne parle pas de les réintroduire. »

IMPRIMER
Imprimer